Vietnam

Sapa : un trek sympa au cœur des rizières

Nous rêvions de vivre notre « Rendez-vous en terre inconnue » et c’est à Sapa que nous pensions l’expérimenter pour la première fois, même à petite dose. Certes, a priori Sapa, une destination particulièrement prisée au Vietnam, n’est pas idéale pour ce genre de rencontres qui se veulent plus authentiques et naturelles. Les agences de voyage vendant les séjours chez ses habitant pullulent à chaque coin de rue de Hanoi et il est difficile de croire qu’on puisse partager un moment privilégié dans ces conditions. Nous verrons…

Quelques jours avant d’arriver là-bas, nous avions rencontré un couple de Français dans les ruelles d’Hoi An. Notre discussion avait notamment porté sur l’agence « Vega Travel » avec laquelle ils avaient exploré Sapa. Au vu de leur enthousiasme et parce que les rencontres n’arrivent jamais par hasard, ni une ni deux, nous réservons dès notre arrivée à Hanoi auprès de cette agence un trek de deux jours au cœur des rizières montagnardes. Nous voulions nous rendre à Bac Ha, un village plus au nord et surtout plus isolé que Sapa mais le calendrier ne nous l’a pas permis. Dommage. Mais Sapa a été une belle aventure, partagée avec nos amis espagnols rencontrés sur la baie d’Halong…

Rejoindre Sapa au départ de Hanoi

Le voyage débute par une nuit de train entre Hanoi et Lao Cai, où un bus nous attend le lendemain matin pour nous conduire dans le village de Sapa (presqu’une ville en fait). Étonnamment, la nuit ne fut pas si mauvaise. Pour l’avoir vécu quelques années auparavant, ces heures passées dans le train auraient pu devenir cauchemardesques. Imaginez des wagons remplis de cafards de toute taille courant sur tous les murs et plafonds, des voyageurs locaux dormant dans les couloirs et les toilettes, les bloquant par la même occasion, et le bruit caractéristique des vieux trains et de leur sifflement durant toute la nuit. Mais rien de tout ça cette fois-ci, ouf. 🙂

Sapa : 2 journées de trek

La première journée de trek fut la plus belle et la plus intense. Sous un ciel à la fois gris, brumeux et ensoleillé, nous parcourons 17 kms à travers des villages, des champs de riz, des tracés en bordure de ruisseaux, des chemins boueux et glissants, des côtes abruptes… Les paysages sont riches et variés ; nous y croisons des vaches et des chèvres broutant et gambadant en toute liberté, indifférentes à cette beauté.

Des villageoises de l’ethnie Hmong suivent de loin. On les repère facilement, vêtues de leurs habits traditionnels multicolores, leurs bottes et leurs paniers portés dans leur dos ou sur leur tête. Peu importe leur âge, on a l’impression qu’elles « flottent » sur les montagnes alors que nous peinons à grimper ou enjamber rochers humides et sentiers escarpés. Elles se sont finalement rapprochées et ne vont plus nous laisser jusqu’à la fin de la journée. Peut-être ont-elles remarqué mon équilibre précaire sur les contours étroits des rizières pleines d’eau ? En tout cas, mains tendues et sourires rayonnants, elles nous indiquent la route à suivre.

D’autres font la même chose avec d’autres touristes. Nous ne sommes pas dupes et bien sûr vers la fin de la journée, elles nous ont proposé de jeter un œil (et tant qu’à faire une main tenant des billets) au contenu de leur panier : écharpes, sacs, bijoux normalement « fait-maison »… Il n’empêche, ça fait partie du jeu à Sapa et les moments échangés étaient sympathiques. Elles venaient malheureusement de nous dire au revoir et n’ont pas pu rattraper Fab au moment de son vol plané qui s’est soldé par un atterrissage fesses dans la boue. À part le short qui n’est plus mettable, rien de cassé. Seul hic : pas de vêtement de rechange, mais j’ai quelques affaires dans mon sac… Fab passera la soirée dans une jolie tenue à touche féminine 🙂 Je ne sais pas comment je dois le prendre mais mon pantalon lui sied presque mieux qu’à moi…

Homestay à Sapa : quand coule l’alcool de riz

C’est donc le cœur léger mais le corps lourd que nous arrivons chez « nos habitants » pour la nuit. La température n’atteint plus que 10 degrés une fois le soleil couché et l’épreuve de la douche froide nous attend dans ce village perdu. Nous sommes les premiers à la surmonter courageusement ; la boue, la sueur et la poussière qui couvrent nos corps constituaient des arguments de poids. Une fois propres et habillés de toutes les couches dont nous disposons, nous sommes prêts à déguster les mets délicieux du nord vietnamien. Sauf que cette fois, c’est nous qui nous mettons aux fourneaux. Au menu, nems frits, légumes et autres spécialités locales. Nous partageons ce moment dans une ambiance collégiale, empreinte de mixité culturelle provenant des 4 coins du monde.

Jusque-là, les contacts avec notre famille d’accueil sont par contre plutôt discrets. A peine des sourires ci et là. C’est seulement après que notre guide ait eu la bonne idée de sortir l’alcool de riz que les langues se sont déliées. Même sans un mot d’anglais, la communication passe toujours bien avec un petit stimulant. Le mot le plus prononcé fut « Yo ! », ou « Santé ! » en vietnamien, mais les rires et sourires partagés disaient beaucoup plus.

Après nous être remis de nos émotions tous ensemble au coin du feu de la cuisine en compagnie de la ribambelle d’animaux de compagnie et de nos chaussures et vêtements en train de sécher, il est grand temps de se mettre au lit. Si nous pensions nous endormir comme des bébés, ben non ! Entre des rats se baladant et se battant sur les charpentes du plafond, la moustiquaire trouée nous tombant sur la tête à la première heure du jour et les coqs du voisinage complètement déréglés, ce fut un peu plus compliqué que prévu 🙂

Le lendemain, les 3 kilos de crêpes bananes-ananas qu’ils nous offrent sont rapidement englouties et nous échangeons déjà des au revoir timides avec nos hôtes (pas d’alcool de riz au petit-déjeuner tout de même !). Au fil de ce trek, nous rencontrons des enfants dans une école et d’autres jouant à se poursuivre les uns les autres pieds nus dans les pentes caillouteuses. Nous partageons avec eux nos biscuits et des regards espiègles. Au fil de la journée, nous dégustons des morceaux de cannes à sucre, nous traversons des forêts de bambous, des ponts brinquebalants et des kilomètres de rizières en terrasse.

Sapa, c’est beau même en saison sèche 

Nous y apprenons que les Vietnamiens cultivent du riz dans les 3 régions du pays (nord, centre et sud) mais que les récoltes diffèrent selon les températures et la géographie des lieux. Pour ces raisons, la culture de cette graminée est plus aisée du côté de Saigon que d’Hanoi, et davantage encore que de Sapa et les régions montagneuses. En effet, le riz se cultive difficilement en montagne, ne se récolte qu’une fois par an (contre 3 dans le sud) et impose un système « en terrasses » afin d’être cultivé à plat dans un espace irrigué. Tout ça pour expliquer le pourquoi de ces vallées sculptées qui rendent les alentours de Sapa si attractifs. C’est vrai que c’est beau ! Même en saison sèche, comme quand nous y étions. Derniers détails : toutes les terrasses (et leur système d’irrigation) sont façonnées à la main dès 1.500 m d’altitude et chaque pousse de riz est plantée et récoltée une à une… Un vrai travail de titan !

L’expédition s’achève avec la reprise du train. Nous retiendrons la rencontre avec une famille timide, généreuse et accueillante. Mais était-ce un « Rendez-vous en terre inconnue » ? Pas vraiment. Les échanges se faisaient discrets et, à part de visu ou suite à nos discussions avec notre guide, rien n’a filtré sur leur mode de vie et de pensée 🙁 Dommage. Néanmoins, nous avons beaucoup ri et profité de cette ambiance, vraiment excellente, dans notre groupe. Très chouette excursion donc, au cœur de la nature, du bon air et d’une belle énergie partagée dans ces décors majestueux.

Dernier détail : si ça vous tente, allez-y dès que possible ! Le tourisme de masse fait du mal partout où il passe et les montagnes de Sapa se voient menacées de constructions de plus en plus absurdes, telles des téléphériques. Pourquoi s’ennuyer à marcher et escalader des montagnes quand on peut les abimer pour arriver sans effort au sommet des montagnes voisines grâce aux petites cabines (et profiter d’une vue écorchée) ? 🙁

Le jour se lève à peine quand nous rentrons sur Hanoi. Le temps de se dire au revoir autour d’un petit-déjeuner, d’un café aux œufs (autre spécialité vietnamienne succulente !) et d’échanger nos numéros. Les rendez-vous sont pris à Liège et Barcelone. See you guys !