Italie, Venise

Venise en 3 jours : un programme bien rempli

Cela faisait bien longtemps que Caro faisait des allusions sur son envie de découvrir enfin Venise. Chaque opportunité était bonne pour, l’air de rien, me délivrer un message subliminal. Une photo de Bruges aperçue dans un magazine accompagnée d’un laconique « C’est beau Bruges, tu imagines Venise ? » ou plus fort encore, alors que je lui prépare son spaghetti bolo préféré, un « Tiens, tu ne m’as jamais cuisiné une spécialité vénitienne… ». Difficile de résister longtemps à un travail au corps si raffiné.

Séjourner au coeur de Venise

Débarquer (presque littéralement) à Venise, c’est quand même tout particulier. Une longue route empruntée tant par les bus, les voitures, les vélos, les trams que les trains traverse la lagune jusqu’à la ville. La ville se dévoile petit à petit sous nos yeux, nous donnant un avant-goût plein de saveurs. Notre bus s’arrête sur la Piazzale Roma, à deux pas de l’escalier dessiné par l’architecte Calatrava (le même qui a dessiné notre gare de Liège… très coûteuse et peu fonctionnelle mais admirable).

Oeuvre de Calatrava

Il est déjà 13h et notre chambre n’étant pas prête avant 15h, nous décidons de commencer par casser la croûte. Et, vous pouvez nous croire, « bien » se restaurer à Venise peut relever du coup de poker. Je me demande même si nous n’aurions pas eu plus de chance à l’Euromillions… Mais je reviendrai là-dessus plus tard.

Nous nous dirigeons vers une adresse chaudement recommandée par un collègue qui connait très bien la ville. Il s’agit en réalité d’une chaîne de restaurants dans lesquels vous mangez des choses simples et relativement bonnes à un tarif normal. Pour info, il s’agit du Brek situé… au 124 de Lista di Spagna dans le quartier Cannaregio (près du fameux escalier).

Nos pasta avalées, nous montons pour la première fois à bord d’un vaporetto en direction de l’arrêt Arsenal, à deux pas de la place Saint-Marc. Tiens, à ce propos, quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi tout le monde dit (phonétiquement) place Saint-Mar ? Vous appelez votre pote Jean-Marc, Jean-Mar vous ?? Mais bon.

Pour faire plaisir à Caro, j’avais réservé une vraie locanda vénitienne dans le quartier du Castello, plus calme et un brin moins touristique.

Venise : quartiers San Marco et San Polo

Nous n’avons pas réellement préparé d’itinéraire précis pour notre séjour dans la Sérénissime. Nous avions surtout envie de nous immerger dans l’atmosphère de la ville, de prendre son pouls au gré de nos promenades dans son dédale de rues, canaux et ponts. Néanmoins, en un peu moins de 3 jours, nous avons pu parcourir à peu près tous les quartiers et les îles voisines qui nous interpellaient.

La place Saint-Marc et la file humaine qui paraît sans fin au pied de sa Basilique, ses Palais, son horloge, ses boutiques chics, ses cafés hors de prix. Le pont des Soupirs… qui soupirent aujourd’hui de ces milliers de selfies sticks qui lui gâchent la vue. Le Rialto ensuite… noir de monde. Le Grand Canal, à parcourir absolument sur sa longueur plusieurs fois pour en admirer les plus belles façades des Palais. A faire de jour comme de nuit pour espérer en admirer (de loin) les intérieurs éclairés par des lustres majestueux sans doute fabriqués par les meilleurs souffleurs de verre de Murano. L’incontournable glace italienne fato en casa (excellente adresse ci-dessous). Avant de clôturer déjà cette première journée autour d’un inévitable Spritz d’abord et d’un repas aux réelles saveurs vénitiennes composées de produits frais du marché au Ai Promessi Sposi.

Cap sur Murano et ses souffleurs de verre

Venise se déguste essentiellement par la volupté d’instants que la ville nous donne à vivre. C’est d’ailleurs ainsi que débute notre deuxième journée dans la baie. Petit-déjeuner dans une alcôve de notre locanda transformée en terrasse. Pour être tout à fait franc, c’est davantage le moment que nous savourons, le petit-déjeuner lui étant tout à fait commun et hautement industriel.

Nous mettons ensuite le cap sur l’île de Murano où nous voulons découvrir par nous-mêmes le savoir-faire légendaire des souffleurs de verre. Pas question de se précipiter pour autant sur le premier vaporetto à destination de l’île. Nous nous laissons doucement dériver au fil des ruelles et ponts tout en gardant le cap sur le nord de la lagune. C’est ainsi que nous vivons le mieux Venise, en dénichant au gré de nos foulées ses recoins discrets. Et alors, la magie opère de plus belle en nous offrant un lieu délaissé par toute âme humaine, comme si la ville s’était, le temps d’un éclair, vidée de toute sa population pour nous offrir sa saveur la plus délicate en toute quiétude. Nous sortons de nos rêveries à l’approche de l’arrêt Ospedale où nous sommes repris par la marche folle touristique. Nous embarquons à destination de Murano.

Premier arrêt sur l’île de San Michele qui fut tour à tour un monastère puis une prison. Aujourd’hui, l’île sert de cimetière et il nous plaît d’imaginer les cortèges de gondoles menant dans la brume les défunts vers leur dernière demeure. Il est encore possible de se faire inhumer à cet endroit de nos jours mais ce privilège est réservé à quelques rares fortunés. Notons tout de même que le poète Ezra Pound ou encore le compositeur Igor Stravinski sont enterrés ici. Une atmosphère étrangement poétique se dégage de ce lieu, comme un vieux film romantique allemand des années 30

Quelques instants de navigation plus tard, nous débarquons sur Murano et nous sommes accueillis par un rabatteur qui nous invite dans son atelier de fabrication de verre. Nous lui promettons poliment de passer à notre retour. Puis, nous nous engageons sur la voie principale de l’île bordée comme il se doit de bars, restaurants et autant de magasins… d’artisans.

Le travail est partout saisissant de beauté, c’est vrai. Nous nous plaisons à faire du lèche-vitrine pour admirer là une dame occupée à sculpter de sa flamme un léger collier ou, plus loin, un lustre aux proportions presque pharaoniques. Nous ne ferons qu’admirer, cet artisanat dépassant largement nos possibilités financières. Puis, de toute façon, nos valises sont un rien trop étroites.

Nous nous laissons porter ainsi au gré des échoppes jusqu’une petite place délaissée par les autres touristes. Un petit café de quartier retient notre attention, c’est l’heure du cappuccino 🙂 A Venise, c’est toujours l’heure d’un Spritz ou d’un cappuccino. Eventuellement accompagnés d’un cinchetti, ces amuse-bouche locaux à base de fromage, de charcuterie ou de produits de la mer.

Le palais satisfait, nous reprenons le cours de nos pérégrinations pour retourner vers Venise et y vivre l’après-midi.

Santa Croce et Dorsoduro

Nous remettons pied à terre à Ospedale, à proximité de l’hôpital. Et là, nous prenons subitement la pleine mesure de la différence du quotidien des habitants. Une sirène retentit au loin, c’est une ambulance… un bateau ! Il se dirige vers l’entrée des urgences… un quai ! Nous imaginons alors toute la lourdeur logistique d’une ville comme Venise : ses services de secours, la gestion des déchets et leur ramassage ou, plus pratique, faire ses courses avant de revenir chez soi les sacs plein de provisions.

Nous dérivons ensuite dans le quartier du Ghetto pour rejoindre celui de Santa Croce en repassant par la Piazzale Roma. Il est temps de casser la croûte et nous mettons notre dévolu sur un resto, qui ne nous laissera ni bon ni mauvais souvenir, à proximité d’un des très rares parcs de la ville. Oui, il y a peu, très peu de verdure à Venise.

Nous poursuivons la journée dans le quartier plus tranquille de Dorsoduro et ses ruelles plus larges, ses places, ses innombrables églises avant de remonter la Fondamenta Zattere pour y prendre un vaporetto en direction de l’île San Giorgio. C’est du haut de la tour de l’église San Giorgio Maggiore qu’il faut admirer Venise, la vue y est bien meilleure et complète : la place Saint-Marc, le Campanile, la Basilique, tout prend une dimension presque mystique depuis ce point de vue. En redescendant, nous avons même droit à une petite expo qui fait la part belle aux jeux de lumières et aux reflets.

Après ces moments vertigineux, nous redescendons sur terre et, plus précisément, vers le Dorsoduro. Nous ne voulons surtout pas manquer le coucher de soleil sur la baie depuis la Punta della Dogana, le meilleur endroit pour voir le soleil et lui dire au revoir. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à avoir eu cette idée mais qu’importe. Nous en profitons pour admirer, dans le désordre, le Ponte dell’Accademia, la chapelle de San Vio, l’église Santa Maria del Rosario o dei Gesuati, le Dorsoduro et, clou du spectacle, la basilique Santa Maria della Salute. Nous nous posons ensuite au bord de l’eau pour assister au coucher de soleil, mémorable !

Le soleil disparu derrière la ligne d’horizon, nous rentrons à la locanda pour nous rafraîchir avant de partir à la recherche d’un restaurant. Fatigués par cette longue journée chaude et peu enclins à chercher le coin parfait, nous nous laissons tenter par la terrasse agréable et aérée d’un restaurant qui affiche presque complet. Confiants nous sommes… Nous passons commande et nos plats arrivent à peine quelques minutes plus tard. C’est mauvais signe… Nous venons de faire connaissance avec le resto le plus dégueu de Venise ! Une pizza et des pâtes, ce n’est pourtant pas si compliqué… Un peu tard, c’est vrai, nous vérifions les commentaires du lieu sur TripAdvisor et nous avons la confirmation que ce n’est pas un accident : 259 avis – 142 horrible – 52 médiocre ! Nous n’avons jamais vu un score aussi édifiant sur le site. Allez, pour vous éviter la même mésaventure, on dénonce. Il s’agit du Al Burchiello, Campo S. Maria Formosa dans le Castello.

Une matinée sur Lido… qui prépare sa Mostra

Ce matin, nous décidons de passer notre dernière matinée par une visite de l’île de Lido. Dans quelques jours va débiter la Mostra, le festival de cinéma. Nous débarquons donc sur une île en pleine effervescence. Tapis rouge, chapiteaux, checkpoints… tout se met en place sous nos yeux. Ici, bus, motos et voitures peuvent circuler. Nous prenons la direction de la plage pour profiter encore un peu du soleil toujours généreux. La balade est sympa mais, très sincèrement, la plage ne nous a pas charmé.

Nous clôturons notre séjour par un dernier retour par le quartier Arsenal et ses jardins publics où nous sirotons un dernier Spritz au restaurant Paradiso, situé dans les jardins de la biennale.

Il ne faut pas s’en cacher, Venise nous a sincèrement charmés. Malgré le tourisme de masse, la ville conserve son magnétisme, une histoire forte et folle ainsi que ce petit plus qui fait la différence. Nous reviendrons, promis !

Encore quelques conseils :

Pour manger sur le pouce (à prix d’ami) : le Brek

Pour bien manger : regardez les cartes, les prix, les assiettes des touristes déjà servis. Plus il y a de plats à la carte, moins c’est bon signe. Suivez votre flair, votre intuition… mais n’oubliez quand même pas de jeter un oeil à Tripadvisor.

Pour bien manger local : Ai promessi sposi

Pour manger une très bonne glace artigianale : La Mela Verde

Pour se déplacer : le vaporetto. C’est le bus vénitien sauf que c’est forcément un bateau ! Il y a en partout et ils desservent tous les coins de la ville ainsi que les îles voisines. Nous recommandons fortement d’opter pour le forfait 24, 48 ou 72 à respectivement 20, 30 et 40€. C’est un achat vite rentabilisé surtout quand on sait qu’un billet unique coûte 7,50€ et que les contrôles sont nombreux.