Espagne, Europe, Madrid

Madrid en 5 jours et en amoureux

Juillet 2013… Nous venions à peine d’unir nos routes que nous décidons de célébrer ce beau cap à Madrid… en dehors de nos frontières. Déjà. Pourquoi Madrid ? D’abord parce que l’atmosphère des villes latines en général nous charme systématiquement ; ensuite, et surtout, parce que cette trépidante capitale nous était inconnue à tous les deux. Étonnant pour Fab qui avait sillonné une bonne partie de l’Espagne durant toute son enfance. Pour ma part, c’était seulement la deuxième fois que j’y mettais les pieds. Cette première escapade en amoureux marque le tout début de nos belles inspirations pour nos souvenirs lointains.

Déambuler dans les rues riches d’Histoire

Nous résidons à l’Hostal Ana Belen, une petite pépite située dans le centre historique de la ville et notre rue donne directement sur la Plaza del Sol (ou de la Puerta del Sol). A peine sortis de notre hostal, nous sommes immergés dans les manifestations qui battent leur plein en cette période de troubles social et économique. Place populaire engagée, c’est à chaque fois dans ce même lieu, que le peuple se soulève contre le pouvoir en place. Au lieu des armes, c’est avec des tracts que la foule espère convaincre les passants pour se renforcer et se faire entendre. Nous restons dans cette ambiance un bon moment pour prendre le pouls de la ville ; c’est de cette manière que démarre notre city-trip.

La Plaza del Sol, et l’ensemble du quartier, se parent de richesses architecturales plus folles et impressionnantes les unes que les autres. Peut-être pour symboliser cette force populaire qui anime la célèbre place. La Gran Vía, véritable artère où se mêle démesure et exubérance, s’élance parallèlement à la place pour rejoindre la Plaza de España dans un nuage de pollution causé par un nombre incalculable de voitures et deux-roues. La Calle de Alcalá vaut aussi le détour pour ses ambitions esthétiques élégantes. Attention, tout en évitant la circulation et le flux ambiant de passants, c’est le nez en l’air qu’il faut se balader. Vous serez surpris par le défilé des statues et ornements.

Un autre édifice incontournable est le Palacio Real, imposant lui aussi et indéniablement inspiré par le Château de Versailles. Situé au cœur de Los Austrias, il témoigne des vestiges impériaux des Bourbons. Ne faites pas comme nous et ne restez pas paralysés par sa blancheur enchanteresse : visitez-le, vous pourrez notamment y admirer des oeuvres de Goya, Velázquez ou encore de Caravage. En plus, à notre époque en tout cas, l’entrée était gratuite les mercredis et jeudis après-midi pour les ressortissants des pays européens. Tout ce quartier est empreint également de l’air de la dynastie des Habsbourg et de l’occupation musulmane. Un somptueux melting-pot.

Enfin, Madrid n’oublie pas les amoureux de littératures et leur dédie même un quartier à part entière : Las Letras. Vous verrez défiler au gré de vos pas des citations des plus grands écrivains madrilènes retranscrites en lettres dorées à même la Calle de la Huertas. Enfin, à proximité, vous y découvrirez notamment le lieu de vie de Miguel de Cervantès. Attention, on y parle de « Casa » mais seule une plaque commémorative subsiste. C’est quand même très agréable de se dire qu’on se promène dans ses habitudes et de l’imaginer dans ces ruelles.

L’ancienne demeure de Cervantes

Respirer un bol d’air pur en plein centre urbain

Dans cette agitation urbaine, s’offrir des pauses au vert est un délice. Parmi les informations que nous cherchons dans un guide, celles concernant les différents parcs de la destination sont en première place. La collection Cheap & Chic, qui malheureusement n’existe plus aujourd’hui, proposait toujours une présentation intéressante et particulière de la ville visitée. Les auteurs étaient des étrangers qui avaient vécu plusieurs années dans le lieu décrit ; cette approche permettait un regard décalé et enrichissant. De plus, ils mettaient un point d’honneur à créer pour chaque quartier une rubrique Confidentiels afin que nous découvrions la ville de manière intimiste, sans le flux de touristes. A titre d’exemple, c’est de cette façon que nous avons pu flâner dans le Jardin del Principe Anglona. A l’époque, ce jardin romantique était presque inconnu. Situé dans une cour à l’abris du quartier La Latina, animé et prisé par la jeunesse madrilène, ce coin de verdure architectural avec ses arcades fleuries, ses fontaines, ses étendues vertes travaillées et ses arbres imposants vaut le détour, croyez-moi. 🙂

Évidemment, nous ne pouvons passer à côté du Parque del Buen Retiro. Impossible de le manquer de toute façon avec ses 118 ha. À nos yeux, de par sa diversité, c’est le plus beau parc qu’il nous a été donné de voir jusqu’ici. Véritable poumon de la ville, il offre à ses habitants une multitude d’activités en plein air, juste à côté du Prado. Marionnettistes, saltimbanques et musiciens se donnent à cœur joie dans ses allées et divertissent les passants au sortir des deux pavillons que compte le parc. Ceux-ci, qui datent de la fin du 19ème siècle, présentent régulièrement et gratuitement des expositions temporaires, à but purement artistique ou de sensibilisation. Quand nous y étions, l’expo consacrée aux désastres engendrés par la pollution s’étendait jusque dans les pelouses à l’avant de l’un de ces monuments. Ces anciens jardins royaux abritent également un large étang où il fait bon d’y flâner en barque. N’hésitez pas à vous faire ce cadeau savoureux où vous sortirez de cette agitation le temps de cette parenthèse. Pour la petite anecdote, si vous vous voulez immortaliser ce moment, choisissez bien la personne à qui vous demanderez de prendre la photo. Quand nous l’avons fait, le gars a ouvert grand sa bouche et ses yeux et est parti en courant. Incompréhensible mais véridique. Et promis, nous nous étions montrés très polis. Nous nous sommes remis de nos rires en nous posant dans un espace à l’ombre des arbres. Bref, El Retiro est immanquable, comme je vous le disais. Il paraît même que qui n’a pas bullé en son sein ne connaît pas vraiment Madrid… 🙂

Plus à l’écart de la ville, le Paseo de la Puerta del Angel se visite lui aussi. Et il se mérite. Vous devrez vous rendre dans le quartier Arguelles-Chamberi, dans le Paseo del Pintor Rosales, connu pour sa roseraie, afin d’y prendre le téléphérique. Rien que cette étape vaut largement le coup d’œil ! Une fois en haut, vous vous retrouverez dans l’immense ancienne forêt royale. Sa taille ? Plus de 1700 ha, soit 5 fois le… Central Park de New-York ! Impressionnant. Aujourd’hui, ce lieu héberge zoo, parc d’attraction, circuits pour VTT et l’ancienne réserve de chasse de Philippe II (la Casa de Campo) mais la nature est toujours bien présente. Nous nous étions promenés (et perdus) au cœur d’une pinède sous un soleil de plomb. Un conseil : n’oubliez pas votre eau ! Nous y avions savouré notre pique-nique sur une table en bois. Nous étions seuls au monde. Magique !

S’initier à l’art moderne

Fab et moi n’y connaissons pas grand chose à l’art moderne ou contemporain. Afin de remédier à cette lacune, nous décidons d’opter pour le Museo nacional Centro de arte Reina Sofia, MNCA pour les intimes, plutôt que le musée du Prado. Loin de regretter ce choix – le temps de la visite figure aussi parmi nos moments cultes du séjour, on ne peut pas dire qu’on en sache tellement plus sur cette forme d’art…  Il faut bien l’admettre, malgré notre tentative, c’est certainement dû à notre manque d’ouverture à ce sujet. Je me souviendrai longtemps d’une toile sur laquelle était assemblés différents collages autour de deux traits fins dessinés au crayons. Parmi ces collages, figurait en bas, sur le côté gauche, une petite chaussure à talon rose. L’œuvre s’intitulait « La danseuse »… Je n’ai toujours pas saisi le message de l’artiste mais c’est là que la subjectivité de l’art prend tout son sens, pas vrai ?

Par contre, le bâtiment en tant que tel, très aérien avec ses deux ascenseurs latéraux placés dans des tours de verre est très joli et cadre bien avec son quartier alternatif Lavapies. Pour les amateurs de Miró ou Picasso (le tableau Guernica est quand même impressionnant !), rendez-vous au musée en soirée où les dimanches si vous le pouvez : l’entrée est gratuite. Il y a également souvent des expositions à visiter en parallèle. Prévoyez bien 2-3 heures ; plutôt 3 que 2 d’ailleurs.

Vivre une parenthèse italienne au cœur de Madrid

C’est munis de notre guide Cheap & Chic que nous débarquons dans un petit restaurant situé au début de la Calle de Caños del Peral : Ouh Babbo ! Une adresse confidentielle du quartier Chueca dont nous nous souviendrons toute notre vie. Ce nom, bien qu’italien (et non local donc), nous avait sauté aux yeux à la lecture du guide. A peine arrivés, le patron nous aborde pour nous accueillir chaleureusement. A Madrid, évidemment, il nous parle en espagnol. S’apercevant que Fab est à l’aise dans la langue d’Almodóvar, la discussion va bon train, à l’entrée de l’établissement. C’est là qu’il découvre que les origines de Fab sont napolitaines. Comme les siennes. Il en semble très heureux. 🙂 Mais surprise, quand il s’exprime en italien, c’est moi qui répond. Et oui, comme déjà dit, malgré ses origines, Fab parcourait l’Espagne presque chaque année pendant les premières années de sa vie. Alors que son papa, par timidité, ne pratiquait que le français à la maison, Fab apprenait l’espagnol sur le tas, avec ses compagnons de jeux. De mon côté, c’est l’Italie qui a marqué mon enfance ayant de la famille qui vit là-bas, entre les Abruzzes, Milan, Turin et les Pouilles. En tout cas, la situation était comique, et il nous écoutait attentivement lui raconter un bout de notre vie, dans les deux langues. Il nous a invité à entrer, à nous installer en nous demandant de manger bien à notre aise car il nous promettait une surprise un peu plus tard dans la soirée… Nous recommandons cette adresse, non seulement pour les délicieuses assiettes servies généreusement, comme le ferait la « Mamma » sortie tout droit de notre inconscient collectif. Mais aussi pour l’ambiance festive, bon enfant et sincère qui règne en maître à cet endroit. La surprise dont il nous parlait n’était rien de moins qu’un concert de vieilles chansons napolitaines qu’il nous offrait, avec ses potes. Frissons et rires garantis. Un conseil : même si nous n’avions pas réservé, faites-le car nous avons dû arriver pile-poil au bon moment vu les tables pleines durant le concert.

Savourer les mets locaux 

Pour ceux qui préfèrent manger local, Madrid n’est évidemment pas en reste. A commencer par les petits budgets (et les autres aussi d’ailleurs), il existe une « institution » dans la capitale madrilène : El Museo del Jamón. Vous y dégusterez des petits sandwichs aux produits frais et locaux pour… 1€. Cette référence qui paraît tout avoir du piège à touristes est loin d’en être un. Il n’y a qu’à voir la mixité de la foule qui y pénètre. Les habitants ont leurs habitudes dans ces petits locaux (on en comptait une dizaine dans le centre-ville à l’époque) où on mange sur le pouce, on boit une bière, un café, un verre de vin en débattant haut et fort avec ses copains. Quelques tapas sont aussi proposées. C’est à savourer ! Dans tous les sens du terme : goût, ouïe, vue… 🙂

Bien sûr, une autre manière plaisante de s’imprégner de tranches de vie locale, tout en profitant des bonnes choses, c’est simplement de flâner au sein de ses nombreux marchés. L’un surtout a retenu notre attention : le Mercado de San Anton, dans le quartier Chueca lui aussi. Il faut dire que nous y avons fêté notre premier mois de vie à deux. 🙂 Au menu : champagne et huîtres, assaisonnées sur fond de cuisine moléculaire. Imaginez une perle remplie du juste mélange sel-poivre-citron qui éclate dans votre bouche en libérant tous ses arômes… Rien que ça, à un prix franchement démocratique.

N’oublions pas non plus l’incontournable marché dominical du Rastro dans le quartier La Latina. On y trouve absolument de tout !

Enfin, presque tous les restaurants de la ville, et d’Espagne, mettent un menu del dia à leur carte. Il s’agit d’une formule « entrée-plat-dessert-boisson » qui tourne autour des 10-15 €. À noter que cette partie de la carte n’est pas toujours traduite ; les touristes ne sont pas censés être au courant. À l’époque du moins. Ce serait dommage de s’en priver, c’est souvent sympa.

Puis, à côté de tout cela, Madrid est une ville qui aime la bonne cuisine. Partout, vous trouverez des adresses qui vous feront voyager.

Se déchaîner sur des airs de salsa

Une fois le ventre repu, il parait que c’est bon pour la digestion de bouger un peu. Dès notre premier soir, on peut dire que nous avons suivi ce conseil à la lettre. En se baladant dans notre quartier en deuxième partie de soirée, un passant nous met une pub entre les mains. D’habitude, on n’y fait pas attention et on suit encore moins la super affaire qui nous est proposée mais là, je ne sais pas pourquoi, nous décidons de nous rendre dans LE bar-club qui propose le « meilleur cours de salsa du coin ». Nous n’avons pas pu vérifier si c’était vrai mais nous pouvons vous dire qu’on a vécu une soirée géniale !! Nous nous sommes retrouvés comme deux gamins à nous déhancher jusque tard dans la nuit dans une ambiance chaleureuse et bleutée par les éclairages. Quelques verres de gin et cocktails sont passés, mais nous nous sommes montrés assidus. Oui, oui… ^_^ Bon, je ne vous dis pas que nous avons tout retenu aujourd’hui (ni même le lendemain d’ailleurs) mais nous vous conseillons de tester une des nombreuses pistes de danse.

Vous l’aurez compris, Madrid aura été un réel coup de cœur pour nous.